CONGO (RÉPUBLIQUE DU)


CONGO (RÉPUBLIQUE DU)
CONGO (RÉPUBLIQUE DU)

La république du Congo, en tant qu’État, est un produit de la colonisation. C’est du fleuve qu’elle tire son nom, et ce n’est qu’à travers ce dernier que s’établit la filiation qui mène au royaume du Kongo découvert au XVe siècle par les Portugais. Ce royaume était contenu, dans sa quasi-totalité, même au temps de sa plus grande extension, dans les limites actuelles de la république du Congo et de l’Angola septentrional. Une première esquisse du Congo actuel prit forme en 1886, quand Brazzaville et les territoires qui en dépendaient furent administrativement séparés de la colonie mère du Gabon, et confiés en propre à Savorgnan de Brazza. Parmi les innombrables changements qui affectèrent, durant toute la période coloniale, aussi bien le statut du Congo que son assiette géographique, deux étapes sont capitales: 1910, création de l’Afrique-Équatoriale française; 1960, accession à l’indépendance, au terme d’une courte phase d’autonomie par rapport à l’ancienne métropole. Dans l’intervalle, les périodes de centralisme alternèrent avec les phases de déconcentration; des unités administratives furent longtemps disputées par les États voisins. Amputée de la Lobaye et de la Haute-Sangha au bénéfice de la République centrafricaine (R.C.A.), du Haut-Ogooué resté aux mains du Gabon, mais dotée en revanche (depuis 1918) d’une façade maritime longtemps monopolisée par Libreville, la république du Congo s’est trouvée cristallisée dans ses limites de 1960.

L’histoire du Congo indépendant, outre les aléas d’un développement économique difficile, est liée à la difficile coexistence d’institutions modernes largements importées et de très anciennes structures sociologiques. Pour comprendre l’évolution politique heurtée de ce pays, comme un certain nombre de blocages entravant son essor économique, il faut tenir compte avant tout de la persistance d’antagonismes tribaux et régionaux vigoureux qui se répercutent dans l’ensemble des secteurs de la vie nationale.

Les principaux groupes humains correspondent à trois grandes régions naturelles mais au sein d’un environnement géographique équatorial peu propice aux communications, donc aux échanges et aux mélanges: l’ensemble Vili dans la zone côtière (correspondant à l’ancien royaume de Loango), l’ensemble Lari-Bakongo de la région centrale où se trouve la capitale Brazzaville, et le groupe M’Bochi dans le Nord.

Au début des années quatre-vingt-dix, une meilleure intégration de ces ensembles ethno-culturels, finalement peu brassés et regroupés au sein d’un État hérité des découpages coloniaux, constitue toujours un impératif prioritaire.

La compétition permanente et parfois violente pour le pouvoir qui empêcha le Congo d’accéder à une véritable stabilité politique, n’est pas seulement l’expression des oppositions entre «révolutionnaires» et «modérés», ou même entre civils et militaires, mais aussi celle des rivalités entre originaires de tel ou tel groupe ethnique, ou entre les clientèles de tel ou tel leader. Pour saisir dans leur complexité les réalités de la république du Congo, la connaissance de la carte ethnique est donc capitale, au même titre que celle de l’histoire de la pénétration européenne.

La combinaison, de 1968 à 1991, d’un régime militaire et d’une orientation socialiste, semble fournir à l’expérience congolaise sa tonalité la plus spécifique, mais sans pour autant profondément modifier les données des tensions socio-politiques comme l’ont prouvé l’assassinat en 1977 d’un chef d’État que l’on croyait solidement installé, Marien Ngouabi, et l’instabilité qui en a découlé pendant quelques années. De même, le décollage de l’économie congolaise, malgré un certain nombre de ressources naturelles et une situation géographique clé, est bien loin de correspondre aux objectifs fixés par le discours mobilisateur de gouvernants qui oscillent entre volontarisme et pragmatisme.

1. Diversité géographique et humaine

Le cadre physique

Dans cet État d’étendue moyenne (environ 342 000 km2), faiblement peuplé (941 000 habitants en 1965, 2 400 000 en 1991) les milieux naturels et les paysages ne manquent pas d’une certaine variété. Le climat équatorial vrai du Congo septentrional, arrosé tout au long de l’année, ou presque, par des précipitations à peine inférieures à 2 m, se dégrade progressivement vers le sud: certaines stations de la vallée du Niari ne reçoivent que de 1 200 à 1 300 mm, et la saison sèche y dure de la fin de mai au début d’octobre. Deux formations végétales se partagent le pays: la grande forêt équatoriale, qui règne sans partage au nord de l’équateur, et la savane-mosaïque, où la forêt s’éparpille en lambeaux et en galeries au milieu des herbes simplement piquetées d’arbustes. La part de cette dernière croît du nord au sud, à mesure qu’augmente la durée de la saison sèche; mais la répartition des deux formations dépend aussi, très largement, de la plus ou moins grande aptitude des sols à emmagasiner des réserves d’eau, si bien qu’en définitive la limite de la forêt et de la mosaïque dessine une série de zigzags, calqués dans une large mesure sur la carte géologique.

Du point de vue de son architecture physique, le Congo est à cheval sur la cuvette congolaise et ses sédiments d’une part, les hauteurs proches de l’Atlantique, flanquées d’une étroite plaine maritime, d’autre part. Se succèdent, à partir du littoral: une étroite bande de sédiments marins crétacés et tertiaires; les granites et les terrains précambriens qui forment la chaîne peu élevée mais escarpée du Mayombe; les grès et calcaires toujours précambriens mais nettement moins anciens, où se creuse le large bassin du Niari; de nouveau des granites, formant au nord de ce dernier les plateaux et les hauteurs qui prolongent le massif gabonais central dit du Chaillu; les sédiments continentaux formant le soubassement des plateaux Batéké, et qui par leur relief (de 600 à 800 m) font encore partie du bourrelet atlantique, alors que géologiquement ils se rattachent déjà à la cuvette congolaise; enfin l’alternance de terrasses alluviales et de bas-fonds marécageux, caractéristique de la portion la plus déprimée du bassin congolais, tapissée de sables et d’argiles quaternaires.

L’étirement du pays, selon l’axe de pénétration que dessine le Congo prolongé par le bas Oubangui, contribue d’une autre façon à faire varier les conditions géographiques: certaines régions communiquement facilement avec la mer, surtout depuis l’achèvement du chemin de fer Congo-Océan (1934), et, par la suite, de la bretelle qui mène à la frontière du Gabon (1962) et permet d’acheminer jusqu’à Pointe-Noire le minerai de manganèse extrait aux environs de Franceville: d’autres régions, surtout celles qui se trouvent éloignées à la fois de la côte et du fleuve Congo (Zaïre) – Souanké, près de la frontière camerounaise –, annoncent déjà, par leur profond enclavement continental, la situation du Tchad ou de l’est de la République centrafricaine.

Une population clairsemée

La même diversité règne sur le plan humain. Le Congo tout entier apparaît particulièrement mal peuplé, même selon les normes, peu exigeantes à cet égard, de l’Afrique centrale. Seul le sud du pays est un peu moins mal pourvu. C’est au nord de Brazzaville, sur les plateaux Batéké, et surtout au-delà du bassin de la Likouala-Mossaka, que se situent les pires et plus vastes solitudes. Royaume Loango, franges du royaume du Kongo, royaume Batéké: ces organisations politiques d’autrefois, déjà fort élaborées, et qui permettaient un certain contrôle de l’espace, font place plus au nord, dans l’ordre traditionnel, à une poussière anarchique de clans villageois, dont l’administration moderne n’a cessé de poser des problèmes.

Tant du point de vue purement scientifique que pour le développement économique du Congo, la principale difficulté est créée par la très faible densité de population du pays. Villes comprises, il n’y a que 7 habitants au kilomètre carré, et moins de deux si l’on s’en tient à la population purement rurale. Plus de la moitié de la surface du Congo a moins d’un habitant au kilomètre carré. La densité ne dépasse 8 – valeur moyenne pour l’ensemble de l’Afrique tropicale – que sur moins de 3 p. 100 de la superficie totale. Constatation d’autant plus surprenante que climats et sols se prêtent parfaitement bien à la vie humaine, tandis que l’insalubrité naturelle n’est pas pire que dans d’autres régions de l’Afrique forestière, infiniment mieux peuplées (pays Yoruba, pays Ibo, par exemple, respectivement dans le sud-ouest et le sud-est du Nigeria). Quant aux techniques agricoles en usage, elles s’accommoderaient d’une population rurale dix fois plus nombreuse, sans que les équilibres naturels soient menacés pour autant. Seul le passé peut donc rendre compte d’une telle vacuité. Ce n’est pas, semble-t-il, que quelque catastrophe ait fait disparaître un peuplement ancien plus étoffé. L’hypothèse la plus vraisemblable est que, filtrés par la distance et l’écran forestier, les hommes, arrivés dans cette portion de l’Afrique par petits groupes, ont été détruits à mesure par les maladies, les famines, les guerres et l’esclavagisme qui s’est déchaîné quatre siècles durant sur les côtes, en répercutant ses effets loin dans l’intérieur. L’isolement du Congo par rapport aux principaux axes de peuplement du continent, à l’ombre de la grande forêt pour ainsi dire, n’a permis à aucun moment la formation de noyaux de forte densité de population. Or c’est un fait maintes fois constaté qu’en deçà d’un certain seuil de peuplement les groupes humains restent exposés à tous les facteurs, internes autant qu’externes, de destruction.

2. Histoire contemporaine

Les débuts de l’implantation française (1880-1931)

L’histoire de la colonisation du Congo se confond d’abord avec celle des explorations de Pierre Savorgnan de Brazza. Remontant l’Ogooué, puis l’Alima, Brazza, après avoir fondé le poste de Franceville, pénètre par la Lefini jusqu’au fleuve Congo et atteint M’Bé, capitale du roi Makoko, chef politique et religieux des Batéké. Les deux hommes signent un traité d’amitié le 10 septembre 1880. C’est à cette date que commence véritablement l’époque coloniale pour le territoire qui, quatre-vingts ans plus tard, constituera la République du Congo-Brazzaville. Après avoir confié au sergent Malamine, que sa rencontre avec Stanley rendra à jamais célèbre, la station de N’Kouma qu’il vient de créer, Brazza se dirige vers l’Océan par le bassin du Niari. Mais c’est un autre marin, le lieutenant de vaisseau Cordier, qui reconnaîtra la région du Kouilou-Niari, en 1883, et négociera un traité établissant la souveraineté de la France sur le royaume de Loango, avec le Ma-Loango, principal chef des Vili.

Dans cette partie du Continent noir, la France se heurte à la fois au Portugal dont les navigateurs ont, quatre siècles plus tôt, reconnu les bouches du Congo, et à la Belgique, plus exactement au roi Léopold II, animateur de l’Association internationale africaine, établie sur la rive méridionale du Stanley Pool. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, la pénétration militaire s’effectue très lentement, à la fois le long de la piste Loango-Brazzaville et, vers le nord, le long du fleuve Congo et de ses affluents. Quelques tribus, dont celle des Bakota, opposent une sérieuse résistance à l’avance des colonnes françaises. Et, en 1913 encore, l’administration coloniale doit réduire un soulèvement important dans la région de la haute Likouala.

Longtemps, le Congo fut considéré comme une simple marche du Gabon. C’est une loi du 17 décembre 1882 qui fonda la colonie du Congo français, où Brazza fut nommé commissaire du gouvernement (à cette époque, le territoire comprenait le Gabon et le Congo). Quatre ans plus tard, le 27 février 1886, le Gabon et le Congo sont séparés, mais restent placés sous l’autorité unique de Savorgnan de Brazza, l’un de ses compagnons, Noël Ballay, futur gouverneur général de l’Afrique-Occidentale française (A.-O.F.), devenant lieutenant-gouverneur du Congo. Brazza demeurera commissaire général du gouvernement jusqu’en 1897.

Le 29 décembre 1903, la colonie prend le nom de territoire du Moyen-Congo. En 1910, elle devient une des quatre colonies fédérées au sein de l’Afrique-Équatoriale française (A.-É.F.). Les traités de 1918 restituèrent au Congo ses frontières d’avant 1911. En effet, par le traité du 4 novembre 1911, le gouvernement français avait cédé à l’Allemagne une vaste portion de territoire, militairement reconquis sur le Cameroun dès 1915. Il faudra attendre 1923 pour que les derniers militaires remettent à des civils les postes administratifs.

L’administration de Savorgnan de Brazza fut marquée par de graves difficultés nées de l’implantation dans cette région de grandes compagnies concessionnaires, héritières directes des compagnies à charte de l’Ancien Régime. Détenant à une certaine époque jusqu’à 95 p. 100 de la superficie de la colonie, elles se livrèrent à un véritable pillage des ressources naturelles, sans aucun souci de préparer l’avenir, multipliant parfois les exactions à l’encontre des Africains. À la suite des efforts personnels de Brazza, placé à la tête d’une commission d’enquête, ces compagnies durent en 1911 renoncer à leurs droits sur 30 000 km2 (le Congo en couvre 340 000) et ne conservèrent de pleine propriété que 3 800 km2.

Une dizaine d’années après le scandale des compagnies concessionnaires devait éclater celui du chemin de fer Congo-Océan (C.F.C.O.) dont la construction aurait, dit-on «coûté un homme par traverse». Commencé en 1921 par le gouverneur général Augagneur, inauguré en 1934 par le gouverneur général Antonetti, le C.F.C.O. reste une des réalisations africaines de la France qui ont soulevé le plus grand nombre de polémiques; son achèvement coïncide avec l’entrée du Congo dans le monde moderne.

La naissance du nationalisme congolais (1931-1945)

Très tôt se manifestèrent, de part et d’autre du Stanley Pool, des mouvements d’ordre religieux qui servirent en fait de support au nationalisme congolais. Les Belges eurent, dès 1921, à faire face au messianisme de Simon Kibangu. Se réclamant de l’œuvre de ce dernier, Simon Pierre M’Padi fondait au Moyen-Congo, en 1939, le mouvement du kakisme. Condamné en août 1949 à Mindouli, M’Padi sera livré aux autorités belges qui le poursuivaient.

Mais le plus puissant des prophétismes congolais fut sans aucun doute le matswanisme, fondé par André Matswa, dit Grenard, ancien sergent de tirailleurs, ancien comptable de l’Assistance publique dans le département de la Seine. Après avoir créé en 1926 l’Amicale des originaires de l’A.-É.F., simple société de secours mutuel, Matswa met plus ou moins ouvertement en cause le régime colonial. En 1930, le prophète est condamné à trois ans de prison et cinq ans d’interdiction de séjour, verdict qui provoque une effervescence parmi les éléments Balali de la population de Brazzaville. D’abord déporté au Tchad, Matswa mourra en avril 1942 à la prison de Mayama.

Le rôle joué par l’A.-É.F., notamment par le Congo, dans la Seconde Guerre mondiale contribuera à accentuer l’essor du nationalisme congolais. Le 28 août 1940, le commandant Delange arrête à Brazzaville le général Husson resté fidèle à Vichy, tandis que le général de Larminat prend au nom du général de Gaulle les pouvoirs de haut-commissaire en A.-É.F. L’action des Français libres est sérieusement soutenue par Jacques Opangault, futur président du premier gouvernement du Congo qui assure le loyalisme des populations du Nord à l’égard du général de Gaulle et stimule l’effort de guerre du pays. Cependant, le gouverneur général Éboué poursuit l’ancienne politique répressive à l’égard des matswanistes; il fait notamment condamner Matswa à mort en février 1941. Malgré cela, la fidélité au général de Gaulle ne sera à aucun moment remise en cause et les matswanistes vont jusqu’à identifier dans leur culte le destin de l’«homme du 18-Juin» et celui de leur fondateur, André Matswa.

En février 1944, se tient la conférence de Brazzaville qui, tout en condamnant les formules de self-government , ouvrira la voie à l’émancipation politique de l’Afrique francophone.

Des luttes politiques à l’indépendance (1945-1960)

Le 21 novembre 1945, les Congolais élisent leur premier député à l’Assemblée nationale constituante: Jean-Félix Tchicaya (1903-1959), ancien élève de l’École supérieure William-Ponty de Dakar, instituteur, ancien sergent des Forces françaises libres. Réélu en 1946, à la seconde Assemblée constituante, puis à l’Assemblée nationale, Tchicaya entre d’abord en lutte ouverte avec son cadet Opangault; il fera ensuite route commune avec lui.

Fondateur du Parti progressiste congolais (P.P.C.), il participe en 1946 au congrès constitutif du Rassemblement démocratique africain (R.D.A.) dont il est premier vice-président. Leader incontesté du pays Vili, il affronte alors souvent Jacques Opangault, ancien greffier, originaire du Nord, région où personne ne peut rivaliser avec lui. Les deux hommes se retrouvent en 1947 au sein du Conseil représentatif, première assemblée locale, et au sein de diverses assemblées où le P.P.C. et le Parti socialiste qu’anime Opangault se partagent à peu près également suffrages et sièges. Cependant apparaît en 1956 une troisième figure politique qui va très rapidement éclipser les deux «frères ennemis»: l’abbé Fulbert Youlou. Celui-ci n’avait pratiquement jamais fait parler de lui lorsqu’en 1955, comprenant le parti qu’il peut tirer des ethnies majoritaires telles que les Bakongo, toujours fidèles au rêve matswaniste, il décide, en dépit des ordres de son évêque, de se présenter aux élections.

Des troubles éclatent lors de leur déroulement, en janvier 1956; «youlistes» et adversaires de l’abbé s’opposent. Battu de justesse, l’abbé Youlou tente vainement d’obtenir à Paris l’invalidation de Tchicaya. Sans se décourager, il crée, le 27 mai 1956, l’Union démocratique de défense des intérêts africains (U.D.D.I.A.) avec Stéphane Tchitchelle, transfuge du P.P.C., et accroît son audience populaire dans la capitale fédérale. En novembre 1956, les élections municipales sont un triomphe pour l’U.D.D.I.A., et l’abbé Youlou devient maire de Brazzaville, tandis que Tchitchelle est élu maire de Pointe-Noire. Sérieusement ébranlé, le P.P.C. se tourne vers le Mouvement socialiste africain (M.S.A.) de Opangault pour éviter une déroute. En effet, aux élections de mars 1957, il n’enlèvera que deux sièges sur cinquante-cinq à l’Assemblée territoriale. Cependant, le M.S.A. et ses alliés électoraux disposant de vingt-trois sièges, la vice-présidence du premier gouvernement congolais est confiée à Opangault, tandis que l’abbé Youlou est nommé ministre de l’Agriculture. L’union des adversaires de l’U.D.D.I.A. est cependant de courte durée. Européens et Congolais des divers partis s’affrontent. En janvier 1958, ce sont les partisans du M.S.A. et ceux de l’U.D.D.I.A. qui se livrent une bataille rangée à Dolisie. Un nouvel incident grave a lieu en avril 1958 à Kaka-Moeka après la mort accidentelle de Dumont, député U.D.D.I.A. à l’Assemblée législative.

Lorsque éclatent, le 13 mai 1958, les événements qui en France portent le général de Gaulle au pouvoir, Jacques Opangault est le premier leader congolais à l’assurer de son appui – suivi plus tard, avec réserve, par l’abbé Youlou. Mais les trois leaders politiques congolais appelleront cependant à voter «oui» au référendum de septembre, et le «oui» l’emportera massivement.

À la suite de la défection du député Yambot, la majorité se déplace d’une voix du M.S.A. à l’U.D.D.I.A., lorsque le 25 novembre se réunit à Pointe-Noire l’Assemblée congolaise. Tandis que l’émeute gronde en plein fief électoral du P.P.C., Christian Jayle, président de l’Assemblée, fait voter une loi instituant un gouvernement provisoire, aussitôt confié à l’abbé Youlou. Une seconde loi prévoit le transfert de la capitale de Pointe-Noire à Brazzaville, et le M.S.A. et le P.P.C. sont véritablement dépossédés. C’est dans ces circonstances qu’éclate à Brazzaville, en janvier 1959, une sanglante émeute tribale qui, pendant quatre jours, met aux prises M’Bochi et Balali, plutôt que M.S.A. et U.D.D.I.A. Une centaine de personnes trouvent la mort, des centaines sont blessées, tandis que la minorité européenne assiste impuissante aux massacres; les troupes françaises interviendront, évitant ainsi une véritable guerre civile. Appréhendé pour incitation à la violence, Opangault sera libéré en juillet.

Une nouvelle Constitution donnant des pouvoirs étendus au Premier ministre est adoptée en février; aux élections de juin, un nouveau découpage électoral permet à l’U.D.D.I.A. d’enlever cinquante et un sièges, alors que ses adversaires n’en obtiennent que dix. Ayant triomphé de ses concurrents sur le plan parlementaire, l’abbé Youlou décide alors de s’attaquer à ceux des matswanistes qui ne veulent pas voir en lui la réincarnation de Matswa, qu’il s’est efforcé de leur présenter. Cette minorité, qui manifeste à son égard le même incivisme que vis-à-vis de l’autorité coloniale et continue à «voter pour les os», c’est-à-dire pour le prophète mort dix ans plus tôt, est livrée à la vindicte des militants de l’U.D.D.I.A. En juin et juillet 1959, pourchassés dans les rues, puis arrêtés, les irréductibles doivent se soumettre, non sans qu’une trentaine d’entre eux aient trouvé la mort. Impressionnés, les leaders du M.S.A. se rallient au nouveau maître des destinées congolaises. Un second ministère Youlou est constitué en juillet 1959, comprenant plusieurs membres du M.S.A., et, le 5 juillet, Jacques Opangault bénéficie d’une mesure d’amnistie avant de devenir vice-président du Conseil, au moment où le Congo accède à l’indépendance, le 15 août 1960.

De l’indépendance à l’éviction de Youlou (1960-1963)

L’indépendance est l’occasion d’un grand courant d’unité nationale. La Constitution de 1961 renforce encore les pouvoirs du chef de l’État, instituant un véritable régime présidentiel. Seul candidat à la magistrature suprême, l’abbé Youlou est élu le 20 mars 1961 avec 97,56 p. 100 des suffrages exprimés. Vivant de facto sous le régime du parti dominant, les Congolais semblent prêts à l’institutionnalisation du parti unique.

L’abbé Youlou entreprend une série de voyages officiels à l’étranger, dont un en France en novembre 1961; il s’efforce d’attirer les investissements dans son pays. Pour ce faire, il affirme publiquement ses options en faveur du libéralisme économique et tente d’intéresser des groupes européens à la création du gigantesque barrage hydro-électrique du Kouilou. Dès cette époque, le Congo prend place parmi les États africains «modérés» et, en décembre 1960, se réunit dans la capitale congolaise une conférence des chefs d’État francophones, qui décide la création du «bloc de Brazzaville», ancêtre direct de l’Organisation commune africaine et malgache (O.C.A.M.).

Vis-à-vis des autres États de l’ancienne A.-É.F., le Congo est partisan du maintien d’une politique de coopération, mais sans liens institutionnels trop étroits. Les rapports avec le Gabon sont d’ailleurs médiocres, par suite de revendications territoriales congolaises, et, en septembre 1962, après de violents incidents entre Gabonais et Congolais, à l’occasion d’un match de football, des pogroms anti-gabonais ont lieu à Brazzaville et à Pointe-Noire.

Avec le Congo-Léopoldville, l’abbé Youlou procède avec prudence, bien que ses sympathies profondes aillent vers Moïse Tschombé. Cependant, des liens ethniques unissent le président congolais à son collègue de Léopoldville, Joseph Kasavubu, et, à un certain moment, les deux hommes paraissent avoir caressé l’espoir de reconstituer, sur les deux rives du Stanley Pool, un État Bakongo, qui aurait regroupé divers territoires alors placés sous trois administrations différentes, puisque au nord de l’Angola vit une minorité Bakongo.

Réservé à l’égard des pays de l’Est, l’abbé Youlou ne fait que mettre en application l’anticommunisme militant qui inspire toute sa politique. Comme son collègue Boganda, mort en avril 1959 dans un mystérieux accident d’avion, il estime en effet que le communisme et l’islam constituent pour l’Afrique deux menaces graves et il s’efforce, dans la limite de ses moyens, de combattre l’un et l’autre.

Cependant, l’exercice du pouvoir use très vite en Afrique noire et, trois ans après l’accession de son pays à la souveraineté internationale, celui qui était jusqu’alors apparu à ses concitoyens comme une sorte d’homme providentiel va perdre brusquement le charisme dont il semblait bénéficier. Il vient de recevoir Sékou Touré, en visite officielle à Brazzaville, lorsqu’il croit, en toute sérénité, pouvoir prendre une initiative qui servira de prétexte à sa chute; il annonce son intention d’imposer avant le 15 août 1963 le parti unique. Quarante-huit heures avant l’expiration de ce terme éclatent ce que ses adversaires appelleront avec quelque emphase «les Trois Glorieuses». Des syndicalistes hostiles à l’abbé prennent l’initiative de manifestations antigouvernementales. Débordé, isolé, le 15 août, l’abbé Youlou qui n’a pu obtenir l’intervention des troupes françaises – ou n’a pu l’obtenir à temps – remet sa démission aux officiers de l’armée congolaise et quitte la scène politique.

Du socialisme scientifique à la loi des légions (1963-1968)

Fossoyeurs du régime «youliste», les syndicats ne profitent guère de leur victoire. Un gouvernement provisoire aussitôt constitué est confié à la présidence de l’austère Massamba-Débat, ancien militant de l’U.D.D.I.A. qui a rompu avec l’abbé Youlou dont il désapprouve les méthodes autocratiques. En décembre ont lieu de nouvelles élections législatives et un référendum constitutionnel. La consultation est une simple formalité; un despotisme est en voie d’en remplacer un autre. Le parti unique est d’ailleurs institutionnalisé: c’est le Mouvement national de la révolution (M.N.R.). Seul candidat, Alphonse Massamba-Débat est élu, le 19 décembre, à la présidence de la République. Le mois suivant, Pascal Lissouba, marxiste militant, devient Premier ministre, tandis que le chef de l’État fait déjà figure de «tiède». De graves tensions internes se développent, la brousse se révélant, tardivement, fidèle à l’abbé Youlou, désormais placé en résidence surveillée.

Au sein du M.N.R., «enragés» et «indulgents» s’affrontent, tandis que ceux qui critiquaient l’abbé Youlou et sa gestion tentent vainement de s’attaquer à ses successeurs. La création de la Jeunesse M.N.R. en août 1964 donne à la «révolution congolaise» les moyens de s’imposer à la nation, et les adversaires du «socialisme scientifique» sont écartés ou arrêtés. En février 1965, quelques assassinats politiques intimident les opposants. En mars 1965, l’abbé Youlou s’évade, gagne Kinshasa, puis, le gouvernement français lui ayant refusé le droit d’asile, Madrid où il consacre son temps à la rédaction de pamphlets anticommunistes en attendant des jours meilleurs. Le 8 juin, un tribunal populaire le condamne à mort par contumace.

Les manifestations «pro-youlistes» de février 1964 à Brazzaville, le coup de main du 14 juillet 1966, déjoué aussi rapidement que le sera celui de janvier 1967, montrent que le régime «révolutionnaire» reste menacé. La mutinerie du capitaine Ngouabi en juin 1966, puis la démission de Pascal Lissouba en janvier 1967 et la mise à l’écart de son successeur M. Noumazalay, en janvier 1968, soulignent les «contradictions internes» du M.N.R. L’autorité de Massamba-Débat est de plus en plus sévèrement contestée par ses amis; trois ans, presque jour pour jour, après l’élimination de Youlou, il est finalement destitué par l’armée. Deux officiers se partagent alors les responsabilités du pouvoir, le capitaine Raoul, originaire de la région côtière, promu chef de l’État, et le capitaine Ngouabi, ancien mutin de juin 1966, originaire du Nord, président du Conseil national de la révolution. Pour avoir confisqué le pouvoir durant dix années, les Bakongo se trouvent à nouveau à l’écart du jeu politique, mais rien n’est évidemment réglé.

Le poids de l’armée congolaise ne cesse de s’accroître, et, en octobre 1968, toutes les personnalités politiques de l’ancien régime sont écartées du Conseil national de la révolution. Mais les antagonismes existant entre officiers originaires du Nord et originaires du Sud, entre officiers progressistes ou modérés entretiennent une tension permanente. Promu commandant, Marien Ngouabi remplace, en janvier 1969, son collègue Alfred Raoul, devenu également commandant, à la tête de l’État congolais. En février, de nombreuses arrestations ont lieu, dont celle du commandant Mouzaba-Kani, ancien ministre de l’Intérieur.

Instabilité et continuité

Lorsque l’armée s’est emparée du pouvoir à Brazzaville, en août 1968, on a pu penser que s’ouvrait une nouvelle phase de l’histoire du pays, surtout lorsque l’année suivante les militaires instituaient la république populaire du Congo et proclamaient des options résolument marxistes-léninistes. Pourtant, jusqu’au milieu des années quatre-vingt, le régime n’a fait qu’accuser les traits qui avaient caractérisé la première période de l’indépendance. L’instabilité politique a continué de prévaloir jusqu’à ce que le président Sassou N’Guesso parvienne à consolider les bases de son pouvoir et batte le record de longévité des dirigeants congolais depuis l’indépendance. Mais l’entreprise de modernisation politique menée sous les auspices conjugués de l’armée au pouvoir et du socialisme scientifique n’a pas pour autant profondément transformé le paysage politique congolais. Les clivages idéologiques, mais surtout les oppositions régionales et les rivalités personnelles ont alimenté une lutte permanente pour le pouvoir et entraîné la succession de quatre chefs d’État militaires entre 1968 et 1979. Les mêmes causes structurelles restaient, à tout moment, susceptibles de fragiliser la stabilité relative recouvrée. Le renforcement de celle-ci demeurait lié à l’amélioration des performances économiques. Or les tâtonnements de la socialisation de l’économie n’ont pas donné les résultats attendus. Les nationalisations et la multiplication des entreprises d’État ont coïncidé avec la réduction des productions de base et les mauvais résultats de la gestion de ce secteur ont lourdement pesé sur les finances publiques. L’exploitation des gisements de pétrole offshore a partiellement compensé ces difficultés, mais l’incertitude des cours ne permet pas d’en faire la clé d’une stratégie de développement à long terme. Sans que soient reniés les fondements de l’idéologie officielle (jusqu’à l’adoption du multipartisme en 1990), le colonel Sassou N’Guesso s’appuie aussi sur l’introduction d’un incontestable pragmatisme dans la gestion des affaires politiques et économiques.

La fragilité des structures politiques

En dépit de la succession des dirigeants, les militaires manifestent une volonté continue d’institutionnalisation et de stabilisation de leur pouvoir. Ainsi chaque changement de l’équipe gouvernante entraîne l’adoption d’un nouveau texte constitutionnel (Constitutions de 1969 et de 1973, Acte fondamental de 1977 rapidement annulé par Sassou N’Guesso en 1979, Constitution du 8 juillet 1979). Le IVe congrès du Parti congolais du travail (P.C.T.) modifia encore la Constitution en juillet 1984 et renforça le rôle du président de la République qui devint également chef du gouvernement, le Premier ministre n’assumant plus qu’un rôle de coordination. Au-delà des modifications causées par l’évolution des rapports de forces entre les groupes concurrents, ces textes maintenait les principes fondamentaux de l’organisation socialiste de la société et de la primauté du P.C.T. fondé par Marien Ngouabi et organisé sur le modèle communiste. Le pouvoir exécutif était concentré entre les mains du chef de l’État, assisté du gouvernement nommé par lui. La séparation des pouvoirs apparaissait comme tranchée entre l’exécutif et le législatif incarné par l’Assemblée nationale populaire, mais la réalité des mécanismes du pouvoir était différente. Le centre véritable de celui-ci était le P.C.T., chargé de conduire la révolution. Il existait un large cumul des fonctions entre les instances gouvernementales et la direction du parti dont le comité central assurait la vraie régulation du fonctionnement des pouvoirs publics.

En définitive, le pouvoir appartenait pour l’essentiel aux militaires mais avec des fluctuations: militarisation accrue du régime après l’assassinat de Marien Ngouabi, puis démilitarisation relative après l’éviction du général Yhombi Opango, le colonel Sassou N’Guesso semblant rechercher un contrepoids aux divisions de l’armée, par une association élargie des civils à la conduite des affaires publiques. L’armée, articulée sur le parti, assurait le contrôle politique du pays. Les organisations paramilitaires (milice du parti, corps de défense civile, gendarmerie, police) sont intégrées à l’armée; la Confédération des syndicats congolais et l’Union des jeunesses socialistes congolaises pouvaient également être contrôlées par l’intermédiaire du parti.

Dans ce système autocratique, qui ne saurait cependant être assimilé à une réelle dictature, s’intercalent d’épisodiques recours aux procédures démocratiques. Les Constitutions de 1973 et de 1979 font l’objet de référendums constitutionnels, de même qu’ont lieu des élections à l’Assemblée populaire et aux conseils locaux. Mais le monopole de candidature et de propagande du P.C.T. limite la portée de ces tentatives, qui sont surtout destinées à légitimer le régime et à lui fournir une assise populaire. Cela n’empêche ni les poussées de contestation sous forme de grèves répétées, tantôt des fonctionnaires, tantôt des étudiants qui maintiennent la tradition critique du temps où Brazzaville était la capitale intellectuelle de l’Afrique équatoriale, ni les raidissements cycliques du pouvoir («gouvernement révolutionnaire» en 1975, premiers mois des présidences successives du général Opango et du colonel Sassou N’Guesso); la stabilisation réussie par ce dernier a instauré un nouveau climat mais n’exclut pas des regains d’insécurité politique.

Quatre coups d’État, l’assassinat d’un président et de multiples «complots», parfois mal établis, mais suivis d’épurations et de procès politiques ont jalonné la période 1969-1988. Derrière la continuité idéologique, la lutte entre les factions demeure le trait dominant de la politique congolaise. Cette tension reflète d’abord les difficultés de la dynamique de l’intégration nationale et la permanence des antagonismes tribaux et régionaux. L’accession des militaires au pouvoir marquait la revanche des hommes du Nord sur ceux du Sud qui s’étaient assuré l’hégémonie politique depuis l’indépendance mais, pas mieux que les Bakongo, les Mbochi et les Kouyou ne se montrent capables de réaliser l’unité entre eux et a fortiori celle du pays. Cette domination suscite la résistance des gens du Sud (coup d’État avorté de B. Kikanga en 1970) qui ne bénéficient que d’une représentation minoritaire et dosée au sein de l’appareil dirigeant du parti et de l’État. L’expression directe des allégeances tribales est proscrite, mais le malaise est permanent et l’éruption des oppositions ethniques toujours possible en cas de crise grave, comme l’ont dramatiquement montré le meurtre du cardinal Biayenda, archevêque de Brazzaville, et l’exécution sommaire de l’ancien président Massamba-Débat, d’origines lari et bakongo, après l’assassinat de Marien Ngouabi en 1977. Des tensions idéologiques sont aussi à l’origine de certains soubresauts, comme le coup de force «gauchiste» d’Ange Diawara en 1972. Mais, pendant des années, la confusion politique a surtout résulté de l’affrontement direct des personnalités dans un pays où la classe dirigeante demeure restreinte, surtout lorsque les candidatures au pouvoir sont limitées aux cadres d’une petite armée.

Sous la présidence du commandant Ngouabi (1969-1977), la compétition politique s’est déroulée dans un climat de relative modération. Les complots constituaient autant de péripéties qui permettaient au leader d’arbitrer entre les tendances et de maintenir son autorité. Les exclusions n’étaient jamais définitives et les condamnations souvent suivies d’une libération rapide. Les raisons de son élimination n’ont jamais été véritablement éclaircies. Le procès de ses assassins présumés n’apporta aucune réponse mais dévoila au contraire quelques pans des rivalités au sein du groupe dirigeant. S’agissait-il d’une tentative «sudiste» de récupération du pouvoir et de renversement de la ligne révolutionnaire de l’État, ou, au contraire, d’une réaction de rivaux «nordistes» plus intransigeants et inquiets des intentions prêtées à Marien Ngouabi de se rapprocher de l’Occident, d’entreprendre une politique économique plus réaliste et surtout d’élargir les bases de la coalition politique en direction d’éléments plus modérés et de représentants d’autres régions du pays? Ce doute ainsi que toutes les hypothèses qu’il autorise ont pesé sur la politique congolaise et la figure de Marien Ngouabi a pris la dimension de celle d’un martyr légendaire.

Son successeur, le général Yhombi Opango, entreprit une radicalisation verbale du régime en recourant à un discours plus marxiste que jamais et en s’efforçant d’asseoir son autorité par une chasse accrue aux comploteurs. Au lieu de renforcer sa légitimité, ce durcissement lui aliéna le soutien de l’oligarchie militaire qui le renversa «légalement» en février 1979 par le biais des instances dirigeantes du P.C.T. en l’accusant de «corruption» et de «dérive autocratique et droitière». Outre la violation des règles du jeu implicite de la collégialité limitée, sa chute était aussi l’aboutissement de la rivalité personnelle qui l’opposait depuis son arrivée au pouvoir au colonel Sassou N’Guesso, dauphin spirituel de Marien Ngouabi.

En mars 1979, le IIIe congrès du P.C.T., dont Yhombi Opango avait essayé de retarder la réunion, investissait Denis Sassou N’Guesso comme chef de l’État. Une nouvelle Constitution était adoptée en juillet. Cette ère de stabilité ainsi inaugurée n’a cependant pas été sans menaces ni soubresauts. Le nouveau président bénéficiait dès le départ de la marginalisation de l’extrême gauche décimée par la répression menée par son prédécesseur, mais continuait d’adresser périodiquement des mises en garde aux «traîtres» et aux «comploteurs». En 1982, des attentats à la bombe révèlent une sérieuse offensive de déstabilisation, finalement mise à profit par le chef de l’État pour écarter quelques rivaux. Son autorité est confirmée en 1984 à l’occasion du IVe congrès du P.C.T. qui, en juillet, le désigne pour un nouveau mandat présidentiel de cinq ans et avalise une réforme constitutionnelle qui concentre encore davantage le pouvoir entre ses mains. Ses partisans contrôlent désormais les rouages du parti et de l’État, et les opposants potentiels sont écartés, au premier rang desquels le numéro deux du P.C.T., F. Thystère Tchicaya, originaire du Sud, qui sera par la suite impliqué dans le procès des attentats de 1982. Ce procès, tenu en 1986, aboutira à peu de condamnations, faute de preuves. Le régime brillamment consolidé du colonel N’Guesso restait nénmoins exposé à des accès de contestation. Les frondes étudiantes de 1985 et 1986 ont été facilement contrôlées et ne menaçaient pas directement le pouvoir. Plus inquiétants, bien que rapidement maîtrisés, ont été le nouveau complot découvert en juillet 1987 et qui entraîna l’arrestation de Yhombi Opango et, au mois de septembre, la rébellion kouyou dans le Nord, car ils étaient révélateurs des malaises qui subsistent et de la tentation permanente du recours à la force pour infléchir la politique congolaise.

Les ambiguïtés du socialisme congolais

L’option socialiste des militaires congolais est un héritage du régime précédent. Contrairement à beaucoup de leurs émules africains, ils continuèrent, jusqu’à l’adoption du multipartisme, à revendiquer le lien entre la légitimité révolutionnaire de leur pouvoir et le marxisme-léninisme. Cette idéologie officielle était d’abord un «socialisme de la parole» à l’usage des cadres du parti mais aussi des adversaires politiques accusés, à gauche, d’aventurisme et, à droite, de comportement bourgeois. Ce discours répétitif attint mal, cependant, la masse de la population, surtout dans les campagnes. Dans l’action des dirigeants du pays, il constitua un instrument épisodique de gouvernement, un symbole de continuité au-delà de l’instabilité des personnes, plus qu’un véritable levier de mobilisation politique.

Dans le domaine intérieur, ce socialisme s’est essentiellement concrétisé par des nationalisations (les entreprises d’État employèrent jusqu’à 40 p. 100 des salariés de l’économie), mais la gestion de ce secteur public important a donné des résultats catastrophiques. Le lourd bilan financier s’est accompagné d’un gonflement pléthorique de la fonction publique et des salariés assimilés dont l’inefficacité est périodiquement dénoncée. En fait, le socialisme congolais n’a pas été en mesure d’offrir une véritable politique économique de rechange ni de se fonder sur une réelle base populaire. Marien Ngouabi a disparu alors qu’il introduisait un plus grand pragmatisme dans la conduite des affaires publiques. Denis Sassou N’Guesso s’est engagé sur la même voie. Le dynamisme du secteur privé a contrasté de plus en plus contrasté avec le marasme du secteur public. À la fin des années 1970, le Congo a misé l’essentiel de sa stratégie de développement sur les revenus des exploitations pétrolières offshore largement concédées à des entreprises étrangères. La part du pétrole dans les exportations est passée de 6 p. 100 à 90 p. 100 en dix ans, et ses revenus assuraient, au début des années quatre-vingt, le financement de 75 p. 100 du budget de l’État. L’évolution à la baisse des cours mondiaux a fini par provoquer une grave crise financière en 1984-1985, et le gouvernement du président N’Guesso, bien que très critique à l’égard des institutions internationales, a dû se ranger aux mesures d’austérité et d’ajustement préconisées par le F.M.I.

La politique extérieure, bien que marquée du sceau d’un anti-impérialisme verbal vigilant, manifestait la même recherche pragmatique d’un équilibre entre l’idéologie et les intérêts concrets du pays. La proclamation d’objectifs révolutionnaires s’est accompagnée d’un rapprochement avec les pays socialistes, mais sans que l’on puisse parler d’un réalignement. D’abord, à l’époque de leur grande rivalité, les dirigeants congolais ont su éviter d’avoir à choisir entre Russes et Chinois dont l’amitié est parallèlement proclamée. Ensuite, les limites vite démontrées de l’assistance des pays de l’Est en matière de développement ont poussé les gouvernements successifs à ne pas remettre en cause, puis à renforcer leurs liens avec leurs partenaires occidentaux, au premier rang desquels la France. L’assistance militaire soviétique fut importante, mais le Congo s’est toujours refusé à permettre l’installation de bases sur son territoire, à l’exception, à Pointe-Noire, d’une base logistique et de transit pour les forces cubaines engagées en Angola. Cette facilité traduisait surtout la solidarité active du Congo à l’égard du gouvernement angolais dans sa lutte contre l’U.N.I.T.A. et son hostilité déterminée au régime sud-africain. Les relations avec la France, un moment troublées, se sont très sensiblement améliorées avec l’arrivée des socialistes au pouvoir en 1981. Dès la fin des années soixante-dix, l’assistance financière française s’était nettement accrue, et entreprises et coopérants français continuent d’attester l’étroitesse des liens entre Brazzaville et Paris. L’originalité de la politique extérieure congolaise tient surtout à l’activisme pan-africain et à l’engagement résolu de Denis Sassou N’Guesso dans la recherche d’une pratique réaliste du non-alignement. Le Congo a ainsi joué un rôle d’intermédiaire dans les recherches de compromis au Tchad, encore qu’il se soit tardivement rallié à la reconnaissance du régime de Hissène Habré, de même qu’il fut sans cesse un animateur résolu de la résistance africaine au régime de Pretoria. L’autorité internationale du colonel N’Guesso a été reconnue par son élection à la présidence de l’O.U.A. en 1986-1987; il fut l’un des avocats les plus ardents à tenter de sortir le mouvement des non-alignés du marasme lors de son sommet à Harare en 1986. Cet engagement explique que, malgré le rapprochement intervenu avec le camp occidental, des réticences sont demeurées à l’égard des États-Unis. De la même façon, les problèmes permanents de coexistence avec les voisins gabonais et surtout zaïrois sont parfois envenimés par la différence d’étiquette idéologique. Toutefois, le président N’Guesso s’est efforcé également de normaliser ses relations avec ses partenaires régionaux dans le cadre d’une politique de bon voisinage, tenant cependant à sauvegarder tout ce qui le sépare des régimes des présidents Bongo et Mobutu. Cette souplesse diplomatique traduit aussi l’oscillation permanente des dirigeants congolais entre le primat du politique et le primat de l’économie.

La transition démocratique

En juillet 1989, Denis Sassou N’Guesso fut reconduit à la tête du P.C.T. et de l’État pour un troisième mandat. La libération de détenus politiques, les déclarations du président n’excluant pas l’abandon du rôle dirigeant du parti permettaient d’envisager une démocratisation du régime, voire l’instauration du multipartisme. En fait, la rupture entre le pouvoir et la Confédération syndicale congolaise allait accélérer le processus. En septembre 1990, le P.C.T. renonçait à son rôle dirigeant et acceptait le multipartisme. De février à juin 1991, une «conférence nationale» a permis d’établir le calendrier de cette transition démocratique.

3. Situation démographique et économique

Une population modeste, inégalement répartie et fortement urbanisée

D’après les résultats du recensement démographique de 1984, la population du Congo devait approcher 2 300 000 habitants en 1992; au rythme actuel d’accroissement, ceux-ci devraient être 2 700 000 en 1995 et 3 200 000 en l’an 2000. La densité moyenne est donc de 5,6 habitants par kilomètre carré (hab./km2), mais la répartition spatiale des hommes est très inégale. Les régions situées au nord de la capitale ne comptent guère plus de 500 000 habitants (1,4 hab./km2), en majorité ruraux, et de vastes étendues sont presque désertes, avec moins de 1 hab./km2. À l’origine de cette situation, un milieu physique souvent peu accueillant (zones inondées ou marécageuses, sols pauvres), et une mise en valeur embryonnaire. Seuls, quelques noyaux de population s’élèvent un peu au-dessus de la moyenne (pays Koukouya, pays Mbochi). Les villages, de petite taille, s’égrènent surtout le long des routes et des cours d’eau. Le sud-ouest du pays est mieux peuplé, avec 14,7 hab./km2, mais plus de 60 p. 100 de la population résident dans des villes, dont les quatre plus grandes rassembleraient aujourd’hui plus de 1,35 million d’habitants, soit 58 p. 100 de la population congolaise: Brazzaville (840 000 hab.), Pointe-Noire (420 000 hab.), Dolisie – ex-Loubomo (65 000 hab.) –, Nkayi (42 000 hab.). La densité rurale n’y serait donc que de 5 à 6 hab./km2. Les voies de communication ont ici aussi une nette influence sur la répartition de l’habitat, notamment les deux voies ferrées (le Chemin de fer Congo-Océan – C.F.C.O.– et celui de la Compagnie minière de l’Ogooué – Comilog), mais quelques régions sont plus densément peuplées: le Pool, le pays Bembé, la vallée du Niari; il existe aussi des zones «vides» (nord du Chaillu, nord-ouest du Mayombe).

L’exode rural, qui a largement nourri l’urbanisation, a moins vidé les campagnes (où la population augmente légèrement) que modifié les structures démographiques rurales dans un sens défavorable à la mise en valeur. Ce sont les jeunes adultes qui partent en plus grand nombre, d’où un vieillissement de la population, une baisse sensible de la natalité, une diminution de la main-d’œuvre disponible et de la production agricole.

Une économie rurale dualiste

L’autosubsistance reste la règle dans le monde rural où l’agriculture vivrière est surtout entre les mains des femmes (seuls le défrichement et l’abattage en forêt relèvent des hommes) et utilise les techniques traditionnelles: brûlis (ou parfois écobuage), culture itinérante, longues jachères, outillage manuel. Le manioc, base de l’alimentation, est complété par des plantes secondaires souvent cultivées en association: patates douces, taros, pois de terre, arachides. Localement, le maïs est davantage consommé (Niari), ainsi que la banane plantain (Sangha). La cueillette fournit partout un apport substantiel. Chasse et pêche sont des activités d’appoint, mais la première est surtout pratiquée dans les régions forestières, tandis que la seconde est très développée dans la Cuvette et sur la bordure côtière. Il n’y a nulle part de problème de disette, et les inquiétudes suscitées, voici quelques années, par la maladie Apollo (cochenille du manioc) se sont dissipées.

Cependant, l’économie monétaire a pénétré le monde rural, d’abord avec l’introduction des cultures d’exportation sous l’impulsion de l’administration coloniale, puis avec l’expansion des cultures vivrières sous la pression des besoins croissants du marché urbain. Le ravitaillement des villes fait appel à des tonnages considérables de vivres et de bois, que commerçants et transporteurs collectent dans les villages et les marchés ruraux, parfois fort loin dans l’arrière-pays. La vente de manioc – de plus en plus sous forme de cossettes séchées et de farine (ou foufou ) –, de patates douces, de bananes, de taros, de légumes, de poissons fumés, de bois et de charbon de bois procure désormais aux ruraux des revenus en numéraire souvent plus importants et réguliers que ceux du cacao, du café, du tabac, qui proviennent surtout de petites plantations familiales, travaillées à la main, et dont la production d’ensemble est faible: 1 030 t de café, 960 t de cacao, en 1990. Difficultés de ramassage, mauvaise gestion des organismes officiels de commercialisation et prix peu rémunérateurs n’encouragent guère les paysans; d’ailleurs, l’Office du cacao et du café et l’Office des cultures vivrières sont pratiquement liquidés. L’agriculture industrielle n’existe que pour le palmier à huile et la canne à sucre. Gérées en régie d’État, les vieilles palmeraies du nord du pays fournissent moins de 1 000 t d’huile; nationalisées en 1970, replacées récemment sous économie mixte, les plantations de cannes de Nkayi et Moutela (S.A.R.I.S.-Congo, ex-Suco) ont fourni 35 000 t de sucre en 1990.

L’exploitation des ressources naturelles est limitée. Les savanes du sud nourrissent environ 60 000 bovins, dont la moitié dans des ranches d’État, et l’élevage porcin s’est développé (30 000 têtes). La pêche maritime est le fait de trois armements basés à Pointe-Noire (13 350 t en 1990) et d’une flottille de pirogues (8 600 t), la pêche en eaux douces fournissant 21 000 t. Le secteur forestier a subi de graves crises, mais connaît un net essor, la production de grumes passant, entre 1982 et 1989, de 437 000 à 809 000 m3. Une part croissante provient du nord de la Cuvette (45 p. 100 en 1989), où la richesse des permis compense en partie l’éloignement de la côte (frais d’approche élevés) et les difficiles conditions d’exploitation.

La «manne» pétrolière et les industries

Grâce surtout à une série de gisements off shore mis en valeur après de longues et coûteuses recherches, le Congo est passé d’une production de 3 millions de tonnes en 1980 à 6,3 millions en 1987 et un peu plus de 8 millions en 1990 (septième producteur africain), qui fournissent 50 p. 100 en valeur des exportations et le tiers du budget national. Les réserves d’hydrocarbures sont estimées à plus de 700 millions de tonnes de pétrole et à 70 milliards de mètres cubes de gaz. La mine de potasse de Holle a été abandonnée en 1978, ainsi que, plus récemment, les petits gisements de minerai polymétallique dans le Niari, où seul est exploité le calcaire à ciment (Loutété). L’électricité est, en quasi-totalité, d’origine hydraulique. La centrale du Djoué (1953) alimente en partie la capitale; celle de Moukoukoulou (1979), sur la Bouenza, dessert une partie du sud du pays, jusqu’à Brazzaville. De nombreux centres secondaires sont dotés de groupes électrogènes. 292 millions de kilowattheures ont été vendus en 1988; il n’y a encore que 68 000 abonnés, tous citadins. Il existe plusieurs projets de barrages sur la Léfini, la Mpama, le Kouilou et la Kandéko.

Le secteur industriel, qui n’a fourni que 8,5 p. 100 du P.N.B. (61,8 milliards de francs CFA) en 1988, comporte à la fois entreprises privées et entreprises d’État. Toutes connaissent de sérieuses difficultés, et la plupart des secondes sont soit fermées, soit en voie de dénationalisation, du fait des sévères critiques formulées par la Conférence nationale de 1991 et d’une situation financière catastrophique. Les industries alimentaires sont les plus représentées, notamment les boissons, avec les trois unités situées à Brazzaville et Pointe-Noire (bière, 618 000 hl; jus de fruits, 178 000 hl). S.A.R.I.S.-Congo a produit 40 000 t de sucre en 1991. L’huilerie d’arachides de Nkayi (400 t) travaille très en dessous de sa capacité. Une manufacture de tabac produit 700 t de cigarettes en important une partie de sa matière première.

Les industries textiles viennent au second rang. Le complexe d’État Sotexco, à Brazzaville-Kinsoundi, est fermé depuis le milieu des années quatre-vingt. En revanche, la société privée Impreco, malgré quelques difficultés, a produit 880 000 m d’imprimés en 1990. Bata S.A. (chaussures, à Pointe-Noire) a fermé en 1989. Les industries chimiques sont peu nombreuses: la raffinerie de pétrole de Pointe-Noire (600 000 t) fonctionne à 60 p. 100 de sa capacité. Diverses entreprises de petite taille fournissent peinture, gaz industriels, cartouches, bouteilles (Soverco). Le travail des métaux est effectué par Alucongo (articles ménagers, fûts, grillages, clous, tôles), Afric (mobilier de bureau), les chantiers de construction et réparation navales (A.C.P.N.) et les ateliers de réparation ferroviaire. Le ciment est produit à Loutété (120 000 t en 1989). Les scieries sont près des chantiers forestiers ou aux points de rupture de charge (46 000 m3 en 1989); quatre usines de déroulage-placage ont fourni 81 000 m3.

Voies de communication, commerce et finances

Le réseau de transport terrestre s’articule autour de deux axes principaux. L’axe Pointe-Noire - Brazzaville est celui du C.F.C.O. (512 km), d’intérêt national et international (transit), mais dont la voie de 1,06 m limite les capacités: un «réalignement» de 80 km a été réalisé dans le Mayombe méridional. Il est doublé, entre la capitale et Dolisie, par une route de qualité inégale. Sur cet axe vital sont greffées la voie Comilog et des bretelles routières venant surtout du nord, d’où arrivent bois et produits agricoles. Le trafic ferroviaire a été, en 1990, de 2 420 000 voyageurs et de 2 135 000 t de marchandises, bois et hydrocarbures surtout, auxquels se sont ajoutés, empruntant la voie Comilog, 920 000 t de manganèse (en forte baisse). Le port de Pointe-Noire a un trafic de 10 350 000 t (1990), très déséquilibré avec 93,4 p. 100 à la sortie, dont 7 430 000 t de pétrole brut chargé au terminal de Djéno; il est en cours d’extension. L’axe du Nord – Brazzaville-Ouesso – a été bitumé jusqu’à Owando (525 km); cette partie, complètement détériorée, est en cours de réfection. De ses antennes vers l’ouest, qui ont un réel intérêt économique, l’une est bitumée (Ngo-Lékana), une autre est en très mauvais état (Ouesso-Souanké); les liaisons avec les pays voisins ne sont assurées que par des pistes piétonnes. Le réseau fluvial Congo-Oubangui constitue une bonne voie de pénétration moyennant dragage et balisage permanents. Une flottille de vedettes commerciales privées, de remorqueurs-pousseurs et de barges le parcourt pour le compte du Congo et de la République centrafricaine, transportant bois, hydrocarbures, ciment, produits agricoles et alimentaires. La rupture de charge se fait au port de Brazzaville (460 000 t en 1990, dont 75 p. 100 de bois), qui assure aussi un trafic constant, à travers le Pool, avec Kinshasa. Le Congo dispose d’une vingtaine d’aérodromes, dont deux de classe internationale: Pointe-Noire et Brazzaville.

Le commerce extérieur est caractérisé, aux exportations (355 milliards de francs CFA en 1989), par la prépondérance du pétrole brut, toutefois en baisse relative (50,2 p. 100, contre 86 p. 100 en 1985), le bois arrivant au deuxième rang (12,4 p. 100), suivi de loin par sucre, café et cacao. Les États-Unis sont le principal acheteur. Les importations (178,2 milliards de francs CFA) comprennent surtout des biens d’équipement, des hydrocarbures raffinés et des produits alimentaires, en forte hausse; la France fournit près de la moitié de ces flux (48 p. 100 en 1989).

Les excédents du commerce extérieur, qui se sont réduits avec la baisse du prix du pétrole, ont été malheureusement compensés par une très forte importation de services et une gestion discutable des ressources de l’État, aboutissant, depuis 1985, à un déficit considérable de la balance annuelle des comptes (600 millions de dollars en 1986, 455 en 1988). Le Congo subit la charge d’une dette totale élevée (5 milliards de dollars en 1991), représentant environ deux fois son revenu national (P.N.B.). La crise politique n’a pu qu’aggraver la situation: en juillet 1991, le pays était officiellement en cessation de paiement, avec un déficit budgétaire prévisible de 200 à 350 milliards de francs CFA (selon le cours du pétrole). Le budget 1992 s’est affaibli à 289,3 milliards de francs CFA, dont plus de 92 p. 100 sont absorbés par le fonctionnement de l’État. Le retour à la démocratie et au pluripartisme, l’abandon du dogme marxiste, le choix de la privatisation ont fait espérer une relance économique que l’instabilité politique et les réticences des investisseurs n’ont guère permis d’entrevoir encore. La déflation de la fonction publique (radiation des fonctionnaires en situation irrégulière et des agents fictifs) suscite quelque espoir d’intéresser à nouveau les bailleurs de fonds.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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